“Boire un ch’ti canon”… les expressions ont parfois des origines farfelues… ou très simples. Celle du canon que l’on ingurgite fait partie de la seconde catégorie.
Si les premiers canons, appelés “bouches à feu”, étaient faits au XIVe siècle en fer forgé, le cuivre et le bronze furent rapidement utilisés, et même l’étain, avant de laisser la place à la fonte au XVIe siècle et à l’acier (beaucoup) plus tard.
La forme actuelle du mot canon, d’abord orthographié cannon, est empruntée à l’italien cannone, augmentatif du latin “canna”, roseau.
Selon le dictionnaire historique Robert de la langue française dirigé par Alain Rey, “le mot réalise l’idée de base de gros tube”, mais désigna aussi bien une bobine de fil, que le corps d’une seringue ou la partie d’une serrure qui reçoit la clé. Au XVIe, le mot évolue et le “canon” désigne “la parure que l’on attachait au bas des chausses”, une marque d’élégance même si le mot fut souvent employé par Molière avec dérision.
Canon, chair à canon, poudre à canon, le mot a rapidement été chargé de bellicisme, avant d’adopter un sens ecclésiastique (le droit canon), musical (chanter en canon) ou, beaucoup plus proche de nous, être utilisé comme synonyme de “séduisant” ou pour désigner une chose “géniale”.
Bon, et alors? Boire un canon voudrait donc dire “boire d’un trait de canon” ou quelque chose/quelqu’un de très beau? Que nenni, la raison est simplissime: le canon est une unité de mesure utilisée au XVIe siècle pour les liquides et équivaut à un seizième de pinte, soit à 6cl, dose utilisée alors pour servir le vin.
Ce qui, vous le reconnaîtrez, est plus proche du shot que d’une honorable bière. Mais pourquoi un shot d’ailleurs? Ce mot-là trouve son origine au XIXe siècle dans les bars du Far West où les cow-boys désargentés échangaient souvent une balle de leur révolver contre un verre de whisky. Aussi simple que cela, même si ce ne fut sans doute pas toujours avec modération…
Marc Vanel, 29/05/21